Carto et photo partagent de nombreux points communs. En premier lieu, ce sont deux formidables moyens à notre disposition pour appréhender les paysages, les repérer, les explorer et les documenter. Le photographe va jouer avec la focale et l’ouverture, le géographe avec les échelles. Au départ inventé dans un but fonctionnel, les photos et les cartes deviennent de plus en plus des objets artistiques à part entière. Enfin, elles sont toutes les deux à manier avec précaution. Nous avons trop rapidement tendance à oublier qu’elles ne reflètent qu’une réalité partielle et subjective, qu’un auteur ou autrice avec son point de vue personnel est derrière l’appareil photo, son crayon ou un logiciel de SIG

En résumé, carto et photo sont des supports d’observation mais aussi de médiatisation, des vecteurs de communication entre leurs créateurs et leurs utilisateurs. 

Au delà de la comparaison, la photo est surtout devenu un incontournable de la boîte à outils du cartographe. Les photos aériennes constituent en effet des fonds de carte habituels depuis maintenant plusieurs décennies. La première photo aérienne date de 1858. Elle est l’œuvre du célèbre Nadar, perché au-dessus de la banlieue parisienne dans une montgolfière. Pendant la guerre de 14-18, les photos prises par avions serviront à l’espionnage, mais également à rectifier et actualiser les cartes d’état major en papier utilisées par les soldats. Crée en 1946, l’IGN (Institut Géographique National) transforme des anciens bombardiers en avions de photographie. Ils survoleront l’intégralité de l’hexagone pendant plus de 30 ans afin de réaliser une multitude de fonds de cartes. Aujourd’hui, les satellites et les drones ont pris la relève. L’IGN a d’ailleurs ouvert un site permettant de découvrir et comparer des couches d’image aériennes de différentes époques. Outre la prise d’images, les satellites ont ceci dit plusieurs autres applications pour la carto : calculs de coordonnées géographiques (les GPS), études de la composition des sols etc. 

Si les photos aériennes n’ont pas le charme du fond de carte basé sur un plan cadastral ou sur un bon vieux dessin… elles sont en revanche d’une précision inégalée.

Nadar élevant la Photographie à la hauteur de l’Art., lithographie d’Honoré Daumier parue dans Le Boulevard, le 25 mai 1863.