Cette rue historiquement dédiée à l’artisanat, est t’elle un “enfant terrible” ou l’avenir de la ville ?

Se pencher sur l’histoire et l’origine des noms des rues est un formidable moyen de découvrir un quartier. Il est donc tout naturel ici de s’intéresser à la rue accueillant l’échoppe d’Au trésor des cartes.

Le quartier Saint Roch était autrefois l’une des portes d’entrée de la ville. Il formait un véritable “village – faubourg”. Situé à l’interface de la campagne et des secteurs plus urbanisés de Saint Étienne.

Le percement de la rue Saint Roch (ancien nom de la rue Antoine Durafour) va marquer son développement pendant que la ville s’accroît rapidement grâce (ou à cause) de l’industrialisation. L’édification de l’église Saint Roch lancée en 1846 signe l’acte de naissance du quartier. Son activité était rythmée par l’artisanat lié au textile (la passementerie) et à l’armement. Rien d’étonnant, nous sommes à quelques pas de la manufacture royale de la place Chavanelle.

Le cours d’eau Le Furan était également utilisée par les artisans, comme ressource et comme réceptacle. La rue Saint Roch devient une artère structurante, un lieu de passage. La centralité du quartier s’organise autour de l’église et de la place du même nom.

Les bâtiments de la rue sont un héritage de cette histoire. Les petits immeubles de 2 ou 3 étages étaient occupés par les passementiers, avec des cours intérieures dédiés à l’artisanat (armes puis charrons, cycles, articles de luxe etc.). C’est typiquement le cas de la copropriété du numéro 51 de la rue 😉

Qui était Antoine Durafour (1876-1932) ?

La rue prendra plus tard le nom d’Antoine Durafour. Une manière de rendre hommage à cette figure incontournable de la scène politique stéphanoise de son époque. Il a en effet été Président du Conseil général de la Loire de 1921 à 1931. Et Maire de Saint Étienne entre 1930 et 1932. Il joua aussi un rôle important sur le plan national comme député et Ministre du travail. Le cumul des mandats était déjà d’actualité ! Antoine Durafour est connu entre autres pour être l’initiateur de la loi limitant à huit heures le temps de travail quotidien dans les mines.

Enfin, il est le père de Michel Durafour, qui fut Maire de Saint Étienne puis ministre dans plusieurs gouvernements dans les années 70 et 80.

La rue et son quartier, aujourd’hui

La rue Durafour se trouve a proximité immédiate du huppé Cours Fauriel. Mais elle est aussi proche du Centre-Ville, de l’université Jean Monet, du conservatoire de musique et de quartiers populaires comme Vivaraize et Valbenoite. De fait, elle constitue un petit carrefour à l’échelle de la ville. Ici se croise des habitant.es de divers horizons géographiques, classes sociales et générations.

Aujourd’hui, le quartier se distingue logiquement par son « animation ». Effectivement, les commerces, restaurants, ateliers d’artistes, associations (ATD Quart monde, Saint Roch village, épicerie du Centre Social Boris Vian, Peuples et Montagnes du Mékong, La vie plus belle, La Dérive etc.) se succèdent le long de la voie et de la Place St Roch. Bref, le quartier mérite le détour.

Les habitants de longue date déplorent le déclin de l’artisanat, la diminution du nombre de stands sur le marché de la place et l’arrêt de nombreux bars. La rue souffre en outre d’une image (très) dégradée. Ainsi, médias locaux et collectifs de riverains pointent du doigt les activités « informelles », les rez-de-chaussée vacants et les nuisances sonores nocturnes. Le journal Le progrès qualifie même la rue d’ « enfant terrible » de Saint Étienne.

Reste qu’une rue vivante et cosmopolite, même si trop bruyante, demeure préférable à une rue vide et déserte. Saint Étienne (et plus globalement les villes moyennes en France) en compte malheureusement un trop grand nombre. Préférable également à ces centre-villes uniformisés et aseptisés, où toutes les boutiques se ressemblent.

Il est à noter que l’EPASE (Établissement Public d’Aménagement de Saint Étienne) a réalisé récemment des travaux afin de sécuriser la rue pour la circulation à vélo et à pieds et embellir la place. De nouveaux travaux ont d’ailleurs démarré du côté de la Place Chapelon. D’autre part, le centre commercial « centre deux » a fait l’objet d’important travaux de rénovation à l’extrémité sud de la rue.

Et demain ?

Avec la fermeture de l’hôpital de la Charité au nord de la rue, une surface importante de foncier et de bâtiments va devoir trouver une nouvelle vocation. Nous pouvons donc imaginer des changements d’ampleur à moyen terme. Entre crainte de gentrification chez les uns, et l’espoir de gagner en tranquillité chez les autres, l’avenir du quartier est un sujet brûlant.

Délicieux pide du restaurant le “Kasseria” situé rue Durafour.