Impossible de passer à côté de Félix Thiollier quand l’on s’intéresse aux paysages de Saint Étienne et du Forez.

Issu d’une famille de rubanier, il monte à son tour sa propre fabrique de rubans. Les affaires marchant et lui conférant une rente substantielle, il dispose du temps nécessaire pour de se consacrer à ses passions : la photographie et l’archéologie. Il alliera intelligemment les deux dans son œuvre. En effet, F. Thiollier va photographier et inventorier les principaux monuments et paysages remarquables du département de la Loire. Un moyen d’agir en faveur de la préservation du patrimoine local. Il est d’ailleurs un membre actif de la Diana, société d’histoire basée à Montbrison toujours existante aujourd’hui. Ses photos contribueront à sauver le château de la Bâtie d’Urfé, qui était alors dans un état de délabrement avancé.

Du patrimoine rural à l’arpentage des paysages industriels

Mais ce sont surtout ces photos de l’industrie minière à Saint Étienne qui frappent les esprits. Les œuvres de Thiollier mettent aux premiers plans les mineurs, les « grappilleurs » et les habitant.es de la ville. Elles soulignent toute l’ambivalence de l’extractivisme. Les mines seront une source considérable d’énergie et une fierté locale, le tribut à payer s’avérera cependant dramatique au niveau environnemental, sanitaire et social. Sur les photos, les crassiers (les terrils en « gaga » stéphanois) méritent plus que jamais leur surnom de « montagne de feu ». Les nuages de poussières impressionnent par leur noirceur. Le travail des ouvriers semble éreintant. Le charbon règne alors en maître sur le Forez, le Gier et l’Ondaine.

F. Thiollier : un artiste à part entière

Au delà de son intérêt documentaire, la dimension artistique est fortement présente dans son œuvre. La qualité des images photographiques était encore aléatoire à l’époque. Aussi, F. Thiollier n’hésitera pas à remédier à ce problème en retouchant lui-même ses tirages. Les photos peuvent ainsi être rectifiées, voire complètement redessinées à la plume par l’auteur. Féru de peinture, il s’inspire des plus grands peintres pour la composition et l’agencement de ces prises de vue photographiques.

F. Thiollier n’aura pas chômé. En effet, 27 000 clichés sont conservés par ses descendants ! Si voulez en découvrir davantage, des ouvrages de Félix Thiollier (et des biographies de celui-ci) sont facilement trouvables chez les bouquinistes. La collection du musée d’art moderne et contemporain de St Etienne comprend plusieurs de ses magnifiques photographies. Vous pouvez également jeter un œil aux archives départementales. Enfin, un film de Sara Millot nommé « Conversation avec le paysage » est consacré au travail de l’artiste.

La Place du Peuple de Saint Étienne, photographiée par F. Thiollier
Un "crassier" photographié par F. Thiollier