Le 4 juillet prochain se tiendra le festival des Roches celtiques à Rochetaillée, près de Saint Etienne, l’occasion de revenir sur quelques idées reçues sur les celtes. Cet article va tenter de vous aider à faire le tri entre les faits avérés ou supposés et les balivernes tenaces qui circulent sur le net, au cinéma ou dans les bandes dessinées.


Peut t’on parler d’un peuple celte ?


Il serait plus juste de parler d’une civilisation celtique composées de plusieurs peuples, formant une myriade de petits royaumes et/ou d’oligarchies. Ces peuples étaient souvent en guerre les uns contre les autres, d’où la réputation bagarreuse des celtes. Lors de la guerre des Gaules, plusieurs peuples celtes étaient même alliés à l’envahisseur romain Jules Romain. Mais malgré ces divisions politiques, il est pertinent de parler de civilisation car les celtes partageaient des langues similaires et une même religion (avec ses fameux druides).

A son apogée, au premier millénaire avant Jésus Christ, cette civilisation s’étendait sur la majeure partie de l’Europe occidentale, du Danube jusqu’à l’Irlande.


Quelle était la langue et l’écriture des celtes ?

Les langues « celtiques » relèvent de la famille des langues « indo-européennes ». Elles pouvaient être divisées en deux grandes variantes. A savoir celles parlées sur les îles outre-manche (ancêtres du Gaélique et du Breton) et celles parlées sur le continent (aujourd’hui disparues). Une centaine de mots nous ont été légué par les celtes, par exemple la charrue (carruca), la jambe (gamba) ou le verbe changer (cambiare).

Très peu de traces d’écritures spécifiquement celtes ont été retrouvé. Ce qui explique la rareté des sources d’informations de première main à leur sujet. Les celtes empruntaient toutefois des caractères à d’autres civilisations pour échanger des informations écrites, en recourant par exemple aux alphabets grec et latin. 


Gaulois et celtes, quelle est la différence ?


Jules César himself inventa la Gaule afin de valoriser ses campagnes militaires auprès des romains. Il a ainsi baptisé « gaulois » les Celtes vivant dans le territoire situé entre la Garonne et le Rhin. Les gaulois étaient donc des celtes, mais les celtes n’étaient pas tous des gaulois ! D’ailleurs, l’expression « gaulois réfractaire » est un clin d’œil au caractère querelleur des anciens habitants de la France actuelle (qui constituerait un trait distinctif de la culture hexagonale ?).


Et entre celtes et germains ?


Il s’agit de deux civilisations différentes, parlant deux types de langues et pratiquant deux religions différentes. N’en déplaisent aux romains qui avaient tendance à les regrouper sous la même étiquette péjorative de « barbares ». Il faut reconnaître que les frontières entre leurs territoires n’étaient pas nettes et précises comme les limites administratives des États d’aujourd’hui. Il faut ajouter que des peuples celtes et des peuples Germains pouvaient se faire la guerre mais aussi s’allier à l’occasion.


Est-ce qu’il y avait des celtes dans la région de Saint-Étienne ?


Oui, bien entendu. En effet, le peuple celte des Ségusiaves vivaient dans la Plaine du Forez et dans les Monts du Lyonnais. Plus au sud, les Vellaves occupaient une bonne partie de l’actuelle Haute-Loire. Les Arvernes de Vercingétorix étaient eux situés plus à l’ouest, dans l’actuel Puy-de-Dôme. On retrouvait le peuple des Allobroges à l’Est du massif du Pilat. Enfin, le Pilat abritait également la peuplade des Atheux. Pour l’anecdote, le nom du village de « Saint Romain les Atheux » est probablement une référence à ces derniers.


Les menhirs et les dolmens sont l’œuvre des celtes ? Les idées reçues sur les celtes par excellence !

Les menhirs comme les dolmens ont longtemps été associés aux celtes. Nous avons ainsi tous en mémoire Obélix et son fameux menhir. Nous savons aujourd’hui grâce au Carbone 14 que ces monuments étaient bien plus anciens, datant du néolithique. Cependant, il n’est pas impossible que les celtes les aient ré-utilisés dans le cadre de leur culte mais il s’agit de pures suppositions.

A vrai dire, nous savons peu de choses sur la religion des celtes, des connaissances principalement issues de l’étude de textes médiévaux irlandais et de vestiges funéraires. Ce qui est certain, c’est qu’ils étaient polythéistes. Ainsi, ils croyaient en l’existence de plusieurs Dieux et Déesses. Ils partageaient de multiples mythes, dont des mythes cycliques évoquant la création du monde et l’apocalypse. Ils admiraient des héros. Enfin, ils pratiquaient des fêtes, cérémonies et des sacrifices rituels.

Les acteurs religieux (druides mais aussi bardes, poètes et devins) étaient des acteurs de premier plan dans la société celte. La primauté des druides sur les forces politiques était même l’une des différences les plus marquantes entre les celtes et les romains. Les druides, les devins et les bardes étaient bien plus que de simples « ministres des cultes », se chargeant aussi de fonctions liées à l’éducation, à la justice, à la médecine ou encore à la diplomatie.

D’où vient la réputation de “brutes” qui leur colle à la peau ?


Est t’il vrai que les guerriers celtes coupaient la tête de leurs ennemis ?

Cette pratique est citée dans des textes datant de la Rome antique. D’après les fouilles archéologiques, ce n’est pas une légende mais une réalité ! Les guerriers celtes avaient l’habitude macabre d’embaumer les têtes des vaincus tués au combat et de les exposer devant la maison des vainqueurs.


Est t’il vrai que les celtes ont saccagé la ville de Rome ?


En effet, le peuple celte des Sénons a mis à sac la ville de Rome en -390. Mené par leur chef militaire Brennus, ils auraient ensuite assiégé la citadelle du capitole pendant 7 mois avant de lever le camp en échange d’une rançon. Cette épisode s’est déroulé dans le cadre d’une guerre mêlant Sénons, Etrusques, Vénètes et Romains. Ce fut un traumatisme important pour les romains, qui virent leur expansion provisoirement stoppée. Ils s’en souvinrent encore plusieurs siècles plus tard au moment de la « guerre des Gaules ».


Un monde rural et sauvage ?

Le mot « celte » évoque spontanément l’environnement naturel, les forêts profondes, les rivages romantiques et des villages isolés. Bref, ils inspirent un imaginaire quasi « préhistorique ». Les celtes pratiquaient pourtant l’agriculture et maîtrisaient l’artisanat du fer ainsi que la céramique. Ils étaient notamment réputés pour leurs élevages de chevaux. Ils pouvaient aussi se regrouper dans des agglomérations. Surtout à partir de – 200 avec le développement des oppida, véritables petites villes fortifiées situées sur des emplacements stratégiques (à Essalois au-dessus des Georges de la Loire près de Saint Étienne par exemple).

Le chiffre de la population Gauloise avant l’invasion romaine s’avère très difficile à estimer, variant de 3 à 25 millions d’âmes selon les sources ! La réalité se situe supposément entre les deux, aux alentours de 10 millions.


Les celtes ont t’ils disparus après la défaite contre les romains ?

La civilisation celte s’est effectivement effondrée suite aux conquêtes romaines. Ainsi, les troupes romaines ont fait « tabula rasa » chez les celtes en pratiquant la terre brûlée, en pillant les villes, en massacrant les populations à grande échelle et en réduisant à l’esclavage les survivants. Pour preuve, la seule « guerre des Gaules » entre -58 et -51 aurait causé entre 400 000 et un millions de morts du côté des victimes gauloises. A ce chiffre impressionnant, il faut ajouter environ un million de Gaulois esclavagisés et déportés vers Rome.

Quant aux druides, ils ont progressivement perdu leur pouvoir au profit d’une nouvelle administration construite sur le modèle de l’administration romaine.

Toutefois, des survivances de la culture celte ont persisté en Gaule malgré cette colonisation, et nous parlons généralement de « Gallo-romains » pour désigner ses habitants entre -51 et l’an 500. Ensuite, avec les arrivées de peuples germains (les Francs, les Burgondes, les Ostrogoths etc.) et la christianisation, l’influence de la culture celte s’est peu à peu effacée (et particulièrement les langues celtiques « continentales»). Ainsi, la religion celte a disparue. Du panthéon polythéiste, de la mythologie et des druides, il ne reste plus que des vestiges archéologiques et des dates symboliques (par exemple Halloween et la Toussaint, versions modernes de la fête celte du « samain »).

Des exceptions

Ce constat doit être nuancé pour les confins de l’empire romain (Bretagne, Irlande, Écosse, Pays de Galle, Cornouailles). Là-bas la culture celtique, mêlée à des influences catholiques, est demeurée vivante plus longtemps. En particulier, ce fut le cas en Irlande jusqu’au Moyen-Âge. Les artistes romantiques au 18ème siècle ont remis à l’honneur la culture celte, dans une vision plus fantasmée (la « celtomanie ») que collant à la réalité historique. Les idées reçues sur les celtes proviennent souvent de cette époque.

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives viennent nous rappeler l’existence de la civilisation celte, et pas seulement en Bretagne ou en Irlande. Nous pouvons citer l’apprentissage de langues celtiques vernaculaires, le succès des groupes de de musique et de danses folkloriques celtes, de grands festivals tels que les interceltiques de Lorient, l’influence des mythes celtes dans les œuvres de fiction ou encore les inspirations dans le graphisme (les motifs entrelacés). Localement, nous en avons un bel exemple avec l’évènement des Roches celtiques.


N.B. : cet article de blog sans prétention est issu d’infos glanées dans l’ouvrage « la civilisation celtique » de C.J. Guyonvarc’h et F. Le Roux, sur l’encyclopédie participative Wikipédia et dans les publications du Groupe archéologique Forez Jarez et du Groupe de recherche archéologique de la Loire.

festival à Rochetaillée (Loire)